La grossophobie vue par Gabrielle Deydier


On ne naît pas grosse
de Gabrielle Deydier
Editions Goutte d'or
Parution 15/06/2017

"Ce qui gêne tant les gens, c’est mon poids : 150 kg pour 1,53 m. Après avoir été méprisée pendant des années, j’ai décidé d’écrire pour ne plus m’excuser d’exister. De là est née cette enquête journalistique dans laquelle j’affronte mes tabous et mon passé, et où je décortique le traitement que la société – professionnels adeptes de la chirurgie de l’obésité, magazines féminins, employeurs – réserve aujourd’hui aux grosses."

Après une humiliation professionnelle de trop, de plus, l'autrice de cet ouvrage a décidé de dénoncer la grossophobie dont elle est victime chaque jour, depuis son adolescence voire son enfance, dans le monde professionnel mais aussi dans sa vie personnelle, dans le domaine de la santé... 

Elle livre ici un témoignage particulièrement poignant et révélateur sur un sujet dont on entend encore peu parler dans notre société. Il suffit pourtant d'ouvrir un magazine ou de prendre les transports pour constater le manque de représentation dont sont victimes les personnes "grosses" (terme utilisé comme qualificatif tout au long de cet article, comme le sont les mots mince, grand ou petit), plus corpulentes que l'idéal de beauté fixé par notre société.

J'avais déjà repéré les éditions de la Goutte d'or au moment de la parution de leur premier ouvrage, Steak Machine, mais celui-ci portait sur un thème qui m'intéresse particulièrement : le regard de la société sur le corps des femmes et les idéaux de beauté souvent contradictoires et/ou inatteignables auxquelles celles-ci sont soumises. Je me suis donc empressée de l'acheter et de le lire mais je ne me sentais pas légitime à en parler sur ce blog car cette lecture étant plus militante que littéraire, je ne savais pas comment l'aborder ici. Je tente tout de même de le faire maintenant car, bien que ce livre ait beaucoup fait parler de lui cet été, j'aimerais apporter ma petite pierre à l'édifice pour le faire connaître à / sensibiliser le plus grand nombre.

Plus que des différents thèmes abordés au cours de l'ouvrage (et pourtant ils sont nombreux et intéressants), je voudrais vous parler de la manière dont Gabrielle Deydier dénonce ce qu'elle a vécu. Elle utilise pour cela un savant dosage entre sa propre histoire et la généralisation à toutes les personnes concernées. Celle-ci passe par des témoignages de personnes rencontrées au cours de son enquête, des études mais aussi par des chiffres souvent percutants. J'ai par exemple appris que la taille moyenne portée par les françaises se situait entre le 40 (20,6% d'entre elles en 2003) et le 42 (16,6% des françaises), révélateur quand on ne voit quasiment aucune femme porter une taille supérieure au 36 dans les publicités ou les magazines féminins. Le tout donne un livre très complet où l'autrice se livre à son.a lecteur.ice pour enfin pouvoir parler de cette part d'elle même (comme elle le dit par exemple dans cette interview de Renée Greusard) mais aussi faire changer le regard de la société sur les personnes grosses.

Pour un.e lecteur.ice déjà au fait de la discrimination qu'est la grossophobie, ce livre permet d'en apprendre plus à travers le témoignage de l'autrice et de connaître les données, les chiffres qui marquent les esprits. Pour les autres, il est l'occasion de remettre en question le regard qu'iels portent sur ces personnes et de changer de point de vue sur ces personnes souvent cataloguées pour leur poids et jugées uniquement pour cela en dehors de qui elles sont. Je le conseille donc à tou.te.s.

NB : Je ne suis moi-même pas concernée par la grossophobie, si vous l'êtes et que j'ai dit quelque chose d'oppressif pour les personnes concernées, n'hésitez pas à m'en faire part.

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