Réparer les vivants, un roman touchant sur le don d'organes (Maylis de Kerangal)


Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

A l’occasion de la sortie au cinéma de l’adaptation de ce roman, j’ai eu l’occasion de rencontrer son auteure et une partie de l’équipe chargée de l’adaptation au cinéma, ce qui m’a donné envie de le lire, alors qu’il ne me tentait pas particulièrement au départ. Ce roman de Maylis de Kerangal traite du sujet encore peu abordé du don d’organes et plus spécifiquement du ressenti des familles concernées, du côté du donneur comme de celui du receveur. Si ce thème ne m’intéressait pas particulièrement à première vue, je reste une grande curieuse ouverte à beaucoup de lectures et on peut difficilement me parler d’un livre sans me donner envie de le lire. J’ai donc décidé de me le procurer.

Dans cette œuvre, plusieurs histoires s’imbriquent pour créer ce que j’appellerai l’intrigue principale. A côté de la procédure médicale qui occupe une grande partie du roman, les ressentis des familles concernées sont abordées, ainsi que la vie du personnel médical, son quotidien mais aussi sa manière de côtoyer les proches et les patients. Plutôt que de dissoudre l’intrigue principale, ces différents aspects permettent de voir ce qu’implique un don d’organes à toutes les échelles, au-delà du choix difficile à faire pour les proches d’un patient en état de mort encéphale : donner ou ne pas donner ?

J’ai également apprécié certains passages, comme le récit de la nuit passée par la jeune infirmière la veille de sa garde, qui apportent de la légèreté à une intrigue parfois très dure, tout en montrant que les soignants sont des personnes comme toutes les autres avant leur travail. Je dois également noter le passage concernant le docteur chargé des examens permettant de déterminer si Simon est un donneur potentiel (j’avoue avoir oublié son nom), où l’on en apprend un peu plus sur ce docteur et notamment son homosexualité sans qu’il soit réduit à cela.

Concernant justement les personnages, ils m’ont touchée dans leur diversité. Les passages du point de vue de Juliette, la copine de Simon, sont l’occasion du récit de leurs premiers moments ensemble. Cela nous amène à réellement ressentir de la pitié pour cette jeune fille alors que son amour a été emporté dans un tragique accident dont elle n’a même pas encore connaissance. Les parents de Simon sont également des personnages très complexes, on ressent réellement leur détresse et les nombreuses questions qu’ils se posent. Les docteurs montrent que, pour eux non plus, affronter la mort et les proches n’est pas facile. Dans notre vie personnelle, on peut avoir l’impression que les docteurs sont capables d’annoncer des réalités horribles sans égard pour les patients et leurs proches mais on voit bien ici que ce n’est pas le cas et qu’ils font ce qu’ils peuvent pour annoncer la dure réalité de la manière la plus douce possible, ce qui semble en fait impossible.

Je n’ai par contre pas aimé le style de l’auteure qui est parfois très ampoulé, surtout au début du récit, alors que celui-ci sert à mettre en place le contexte de l’hospitalisation de Simon et devrait amener le lecteur à ressentir de l’empathie pour le jeune homme. J’ai trouvé cet aspect moins marqué dans les chapitres suivants mais globalement le style est celui d’une auteure qui se regarde écrire alors qu’elle livre un récit très empathique, ce qui est paradoxal ! Les phrases sont très longues, les figures de styles utilisées semblent être montrées du doigt par l’auteure… ce qui m’a beaucoup dérangée.

Ainsi, j’ai apprécié l’intrigue et les personnages de ce roman mais je ne pense pas lire un autre roman de Maylis de Kerangal car je n’ai pas apprécié son style. Malgré cette déception, je suis contente d’avoir lu ce roman qui m’a fait découvrir un aspect médical que je ne connaissais pas.

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