lundi 30 janvier 2017

Pas pleurer, Prix Goncourt 2014 (Lydie Salvayre)


Deux voix entrelacées. Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ». Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie. Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

Dans ce roman, Lydie Salvayre raconte l'histoire d'une jeune fille qui découvre la dureté de la vie, dans un village espagnol, durant l'été 1936. Ce récit se fait par le biais de la mère de la narratrice (la mère de l'auteure ?) qui relate ses souvenirs à sa fille dans une langue qui lui est toute personnelle, entre espagnol et français.

Ce premier point est l'un des points négatifs majeurs de ce roman à mes yeux : ne sachant pas l'espagnol, je n'ai pas aimé l'incursion de la langue espagnole dans un roman en français. L'ambiance espagnole puis celle de l'immigrée qui cherche à s'approprier une culture sont déjà bien rendues par le récit des deux personnages, ce procédé ne fait que ralentir la lecture sans apporter grand chose à l'ambiance générale. Le style de manière plus générale alterne des passages très travaillés avec des paragraphes entier retranscrit avec l'accent et la parlure de la mère, ce qui est un peu déroutant.

Cet inconvénient du roman évoqué, j'ai tout de même beaucoup apprécié l'histoire que celui-ci raconte. On assiste réellement à une forme d'apprentissage pour la jeune fille, qui découvre des préoccupations politiques et sociales très éloignées d'elle jusque là. Cela m'a permis d'apprécier ce personnage bien qu'elle soit très niaise au début du récit, car l'évolution qu'elle connait la rend très intéressante. De même, j'ai été intriguée par le lien qui se crée entre la jeune fille dont la jeunesse est racontée et la fille qu'elle aura qui s'intéresse à son histoire. Il met en place une forme de suspense qui tient plus aux relations entre les personnages qu'à l'intrigue elle même.

L'évocation qui est faite des événements historiques de 1936, par le biais des différents personnages, illustre bien les variations de points de vue qui étaient marquées au sein même des deux camps. Par contre, je n'ai pas vu l'intérêt des passages avec Bernanos qui n'apportent rien de plus à l'intrigue, si ce n'est un point de vue sur le déroulement du conflit en ville, alors que la singularité de l'intrigue reposait selon moi justement sur l'opposition de différentes forces antifascistes dans un village. D'autant plus que les deux voix ne sont pas entremêlées comme le promet la quatrième de couverture mais fortement séparées.

J'ai donc apprécié ce roman qui mérite, je pense, le prix Goncourt qu'il a reçu, même si je n'ai pas compris certains choix narratifs de l'auteur. Je vous conseille de le lire pour vous faire votre propre avis si ce sujet vous intéresse.


Lu dans le cadre de :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire